Les Mulettes

Coques et valves, une récolte pour un inventaire

La richesse malacologique des cours d’eau du département de la Vienne est remarquable, notamment pour ses grands mollusques bivalves dulçaquicoles communément appelés naïades, en référence aux nymphes vivant dans les cours d’eau, ou mulettes signifiant petite moule. Ces mollusques aquatiques sont sensibles aux perturbations de leur habitat. Dans la plupart des rivières, le déclin de la qualité et de la quantité d’eau met en danger les populations du département. C’est ce qui a motivé Vienne Nature à entreprendre un programme de recensement local de ces animaux.

’utilisation d’aquascope est la seule méthode qui permette d’observer des individus vivants dans leur milieu naturel. Autant dire qu’il faut le coup d’œil. Crédit photo : Miguel Gailledrat

Une reproduction pleine d’incertitude

Les naïades sont des espèces qui vivent dans les cours d’eau, les étangs et les lacs. Leur coquille est ovale ou allongée, lisse ou plissée. La charnière présente, sur chacune de ses valves, deux dents qui s’articulent entre elles quand la coquille s’ouvre, sauf chez les anodontes. Chez les mulettes, les larves, appelées glochidies, se développent grâce à une phase parasitaire sur un poisson-hôte, parfois spécifique, ce qui permet une dispersion dans les cours d’eau de ces animaux peu mobiles. Après quelques semaines, les jeunes quittent leur « véhicule naturel » et tombent pour s’enfouir dans le substrat. À l’inverse, les mulettes sont également utilisées par la Bouvière, un poisson qui pond dans les moules. Les mulettes adultes ne sont sexuellement matures qu’au bout de plusieurs années (12 à 20 ans). Elles peuvent vivre, croître et se reproduire de quelques années pour les anodontes à plusieurs décennies, avec des estimations allant jusqu’à 100 ans pour la Grande Mulette. Pendant tout ce temps, ces mollusques s’alimentent en filtrant l’eau pour y récupérer le phytoplancton.

 

Immobile au fond du cours d’eau, la coquille de cette Mulette des rivières est progressivement colonisée par les mousses, peaufinant son camouflage. Crédit photo : Miguel Gailledrat

Le Rat musqué fait grande consommation de Corbicules asiatiques dont les valves s’amoncellent sur les berges. Ces espèces introduites s’arrangent entre elles. Crédit photo : Miguel Gailledrat

Partir à la recherche des moules d’eau douce

La recherche et la collecte de valves d’individus morts au niveau des laisses de crue des rivières est la méthode la plus simple à mettre en œuvre. Elle a pour avantage de pouvoir collecter du matériel sur le terrain et le stocker pour une détermination ultérieure sachant que l’identification des mulettes est parfois délicate. Cette technique permet aussi de constituer des collections de référence pour chacun des cours d’eau visités.

L’autre méthode, beaucoup plus chronophage, consiste à rechercher les individus vivants. Pour cela, l’utilisation d’un aquascope permet de scruter le fond des cours d’eau pour tenter de distinguer une moule aux trois quarts enfouie dans les sédiments… un travail de fourmi ! Mais qui a le mérite d’informer sur l’état des populations réellement existantes.

Les mulettes de nos cours d’eau

Au XIXe, ces mollusques aquatiques ont suscité un grand intérêt de la part des naturalistes. En ce qui concerne notre département, Lubin Mauduyt publie dès 1839 la liste des mollusques terrestres et fluviatiles de la Vienne. Il cite notamment 15 espèces de naïades et décrit même une nouvelle espèce nommée Unio mauduyti, plus tard invalidée et rattachée à une forme de Mulette des rivières.

Aujourd’hui, les données recueillies à partir de la synthèse des données bibliographiques, des collections et des prospections de terrain ont permis d’établir la liste actualisée des mulettes du département. Sur les 11 espèces de France, 7 sont connues dans la Vienne, représentées par 2 familles.

Avant la découverte des perles provenant des mollusques marins, ce sont celles de la Moule perlière qui étaient récoltées. Elle semble avoir disparu de nos rivières au XIXe siècle. Illustration : Morin

La famille des Margaritiferidae regroupe des espèces qui sont toutes en déclin. Les deux espèces appartenant à cette famille sont menacées d’extinction et protégées en France. Dans notre département, la Mulette perlière, citée autrefois dans la Clouère par Mauduyt, semble avoir disparu de nos cours d’eau alors qu’elle est encore présente sur des affluents de la Gartempe dans la région du Limousin. La Grande Mulette n’a été redécouverte que récemment dans les rivières Vienne et Creuse, mais reste très rare et menacée de disparition.

La famille des Unionidae regroupe la Mulette épaisse qui est protégée, la Mulette méridionale et la Mulette des rivières que l’on peut encore trouver dans la majorité de nos cours d’eau. Elles sont accompagnées de l’Anodonte des rivières, de l’Anodonte des étangs et de l’Anodonte comprimée. Si les deux premières sont assez communes, le statut de l’Anodonte comprimée reste inconnu dans la Vienne. Les poissons-hôtes de ces espèces sont multiples, on peut notamment citer le Vairon, le Chevaine, le Rotengle, la Perche, l’Épinochette, etc.

Mulettes perlières. Crédit photo : Olivier Prévost

Des espèces en déclin

Les modifications morphologiques des cours d’eau comme le recalibrage, la dégradation de la qualité des eaux et les assecs en augmentation contribuent au déclin des mulettes dans nos rivières. L’apparition d’espèces exotiques envahissantes comme la Corbicule asiatique est une nouvelle menace. En 20 ans, elle a colonisé la totalité des bassins hydrographiques de France. Apparue dans la Vienne à la fin des années 90, elle est aujourd’hui présente en densité importante dans la totalité des grands cours d’eau du département et commence à envahir des ruisseaux de taille plus réduite. Même si aucune étude n’a permis de montrer l’impact de sa prolifération sur les populations de bivalves indigènes, on peut imaginer qu’il existe une concurrence alimentaire potentielle.

Au même titre que les poissons, les mulettes sont des espèces indicatrices de la qualité de nos cours d’eau. Cependant, jusqu’à peu, leur considération dans les travaux d’aménagement du territoire impactant nos rivières était totalement ignorée, alors que certaines comme la Grande Mulette et la Mulette épaisse sont pourtant protégées en France et considérées en danger de disparition. Nos connaissances sur leur répartition et leur abondance contribueront désormais à leur prise en compte afin que perdurent à l’abri de nos rivières ces animaux mystérieux et d’une rare discrétion.

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

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