La Gallaselle : crustacé endémique des eaux souterraines du Poitou-Charentes

1 : Gournay-Loizé (site de Bataillé, 79), 2 : Sompt (79), 3 : Saint-Denis-d’Oléron (17), 4 : La Jarrie-Audouin (17),
5 : Saint-Pierre-de-l’Isle (17), 6 : Mérigny (36), 7 : Le Thou (17)

Dans le document de travail préparatoire établi par le ministère de l’Environnement en juin 2010 pour créer des aires protégées dans chaque région française, il est fait état d’un petit animal aquatique souterrain pour lequel la France a une responsabilité forte, puisqu’il n’existerait qu’en Poitou-Charentes. C’est un petit crustacé de 5 mm de long découvert en 1955 dans une rivière souterraine du sud des Deux-Sèvres, à Bataillé, commune de Gournay-Loizé, par Gabriel Heily, spéléologue poitevin et technicien CNRS au laboratoire de Biologie animale de l’université de Poitiers. L’animal fut décrit en 1956 par le professeur Jean-Jacques Legrand, directeur du même laboratoire, et dénommé Asellus heilyi.

Depuis cette date, deux générations de spéléologues et d’universitaires ont contribué à enrichir nos connaissances sur cette espèce. Au cours des années 1970, deux chercheurs de l’université de Dijon, Jean-Paul Henry et Guy Magniez, la localisent à Sompt dans la résurgence de la rivière souterraine de Bataillé (Deux-Sèvres). Ils furent alors amenés à constater qu’elle présentait des similitudes avec certains genres nord américains et publièrent en 1977 une révision de la systématique des Asellidés. Ce serait à partir d’un fond ancestral euraméricain commun que seraient apparues au Crétacé, lors de l’ouverture de l’Atlantique nord il y a 65 millions d’années, des lignées d’espèces différentes isolées géographiquement. Henry et Magniez débaptisèrent Asellus heilyi et créèrent le genre Gallasellus (étymologiquement, « Aselle de Gaule »), conservant le nom d’espèce heilyi.

Dans les années 1990, Claude Bou, biospéléologue à Albi, la récolte au cours d’un séjour de vacances dans un puits de Saint-Denis d’Oléron (Charente-Maritime). Enfin, entre 2008 et 2010, Christophe Douady, enseignant-chercheur à l’université de Lyon 1, découvre à son tour la Gallaselle dans quatre nouvelles stations : deux au nord de Saint-Jean-d’Angély dans des sources à la Jarrie-Audouin et à Saint-Pierre-de-l’Isle, une dans un puits du village du Thou au sud de la Rochelle et une autre dans une source à Mérigny sur le bord de l’Anglin en limite est du Poitou. Avec son collègue Florian Malard, ils procèdent en 2012 au séquençage de l’ADN des individus de ces diverses populations ainsi que de celui des espèces voisines d’Amérique du Nord, ce qui leur permet de faire deux constatations :

– les ADN des populations américaines d’Asellidés et des populations françaises de gallaselles sont suffisamment proches pour confirmer leur origine géographique commune et leur différenciation lors de la dérive opposée des continents américain et eurasiatique ;

– les ADN des différentes populations endémiques du Poitou-Charentes ne sont pas homogènes et révèlent l’existence d’au moins trois espèces cryptiques (c’est-à-dire morphologiquement identiques), ce qui s’expliquerait par une nouvelle phase de spéciation résultant d’un isolement géographique partiel ou total consécutif à des variations climatiques génératrices d’assèchements plus ou moins prolongés entre plusieurs sous-bassins versants : celui de la Boutonne, celui de la Sèvre Niortaise, et celui de l’Anglin…

Dès lors, une politique cohérente de protection de la Gallaselle devrait logiquement prendre en compte cette biodiversité et conduire à la mise en place d’autant d’aires protégées qu’il y a d’espèces cryptiques microendémiques pour une même morpho-espèce. Reste à savoir si de nouvelles prospections dans d’autres sous-bassins versants de la Charente et de la Vienne n’élargiront pas l’aire géographique de distribution de ces populations de gallaselles, et n’entraineront pas aussi la découverte d’espèces animales encore inconnues comme ce fut récemment le cas dans d’autres régions françaises…

Michel Caillon

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