La Genette

La Genette en terres poitevines

Qui connaît la Genette ? Peu de monde à vrai dire et nombreux sont ceux très surpris d’apprendre l’existence d’un tel animal dans nos contrées. Un indice fort et clair sur la discrétion de la bête en question !

On pense que la Genette appartient à la faune française depuis près de 1 500 ans. Utilisée en lieu et place du chat en Afrique du nord, son implantation en Europe occidentale aurait été facilitée lors des invasions sarrasines du haut Moyen-Âge, d’abord en Espagne, puis par essaimage plus ou moins naturel vers l’ouest de la France. L’absence de restes fossiles de l’espèce en Europe accrédite pour l’instant cette origine commensale. Du point de vue historique, il est habituel de mentionner les peaux de Genettes trouvées par l’armée de Charles Martel dans le butin pris à Hab el Raman lors de la bataille de Poitiers en 732… Mais ce rapprochement avec l’existence de la Genette en Poitou reste très hypothétique.

La Genette gîte de préférence dans les arbres mais peut aussi adopter à l’occasion une construction humaine, comme ici, un pigeonnier. Crédit photo : Alain Métais

 

Après cette parenthèse historique, il semble toutefois que notre département soit le lieu du premier signalement moderne de l’espèce en France, publié dans le numéro du 10 février 1774 des « Affiches du Poitou ». Un correspondant local y fait état de la présence commune de la Genette « puisque les paysans même en savent le nom » (sic) dans le secteur de Vivonne en particulier. Ce témoignage vient ainsi contredire Buffon qui affirmait l’absence de la Genette en France. Le savant fera machine arrière l’année suivante quand il recevra un spécimen de Genette en provenance de Civray ! Décidément…

La répartition française de la Genette est aujourd’hui concentrée dans une trentaine de départements situés au sud d’une ligne Nantes-Nîmes. Au nord de cette limite, l’animal est d’occurrence irrégulière ou très rare. Cette ligne de partition passe justement dans la Vienne où il est patent que la Genette est moins fréquente qu’ailleurs en Poitou-Charentes. Elle n’y occupe de façon régulière qu’une quarantaine de communes de la frange sud-ouest du département. Au-delà elle devient très localisée, voire carrément absente. Il semble qu’elle occupe toutefois la vallée de la Gartempe mais les observations y sont rares. Connue dans ses grandes lignes, la distribution locale de la Genette mérite cependant d’être précisée, notamment dans les secteurs où elle paraît rare ou inexistante.

Un animal qui prend de la hauteur

Mammifère singulier par ses origines, la Genette l’est aussi du point de vue comportemental. Elle a en effet pour habitude de déféquer dans un nombre d’endroits limités où les crottes s’entassent au fil des mois, et même des années. Ces « crottiers », une marque de l’espèce, peuvent compter plusieurs centaines de crottes appartenant à différents individus. Leur fonction de balisage territorial se double en effet d’un rôle social qui permet aux Genettes d’un secteur d’échanger des informations olfactives. Ils sont la plupart du temps localisés dans un endroit élevé, qui domine le paysage environnant. En l’absence des hauts de falaises et affleurements rocheux généralement très appréciés, la Genette choisit un tas de « chails » en bordure de champs ou un tas de bois même recouvert d’une bâche, une toiture de cabane ou le sommet d’un véhicule abandonné...

Chercher la Genette est une activité plaisante même si, comme pour la Loutre, elle fait appel aux crottes de l’animal ! Pour découvrir ses crottiers, il est donc nécessaire d’avoir l’œil de la Genette, et d’inspecter métho­diquement tous les accidents du paysage susceptibles d’être de bons empla­cements, de préférence en lisière d’un secteur boisé, élément indispensable des habitats fréquentés par le carnivore.

Sur ce crottier typique de Genette installé sur un tas de «_chails_», on distingue les crottes anciennes et grisâtres, des crottes fraîches de couleur noire. Crédit photo : Olivier Prévost

Un crottier principal est visité chaque nuit, souvent par plusieurs individus habitués ou occasionnels. Il peut être utilisé durant de nombreuses années. Crédit photo : Olivier Prévost (piège photographique)

Plus difficiles à détecter sont les crottiers installés à la cime des arbres têtards que la Genette fréquente volontiers dans les secteurs de bocage. Une échelle ou, moins encombrante, une perche munie d’un miroir ou un petit appareil photo permettent d’examiner la tête des trognes.
La Genette est, comme la Loutre, un carnivore protégé réglementairement depuis 1972. À la faveur de l’arrêt du piégeage qui s’ensuivit, elle a consolidé ses populations et étendu lentement sa répartition. Au niveau national, il semble qu’elle progresse vers l’Est, au-delà de la vallée du Rhône.

La recherche de la Genette en cours dans les communes de la Vienne nous permettra sans doute d’appréhender localement ce phénomène.

Olivier Prévost

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

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