Les arbres têtards

Les arbres têtards ou « trognes » sont une composante habituelle de nombreux paysages agricoles. Leur rôle biologique et environnemental, mais aussi social, en fait un patrimoine écologique inestimable. Dans notre département, comme la plupart des haies, ces alignements aux formes étranges sont en grand danger.

Vieux chênes têtards en pays mélusin, une haie en sursis. Crédit photo : Olivier Prévost

Une pratique ancestrale

Leur surprenante silhouette surmontée d’une tête boursouflée est le résultat des multiples tailles, effectuées au cours de leur développement dans le but de maintenir le tronc à une hauteur de 1,5 m à 3 m. En vieillissant, la tête se creuse progressivement, pour finalement occuper parfois toute la hauteur du tronc en une seule cavité.

La conduite des arbres en têtard est connue depuis des millénaires. Elle permet initialement d’exploiter le bois sans toucher au tronc : chauffage, piquets, manches d’outils. Le rôle des haies de trognes comme brise-vent et régulateurs hydrauliques par la rétention d’eau et l’élimination des nitrates, est essentiel à l’équilibre des paysages. On estime ainsi qu’un têtard pompe en moyenne 700 litres d’eau par jour. Grâce à leur système racinaire profond, ils contribuent au bon fonctionnement des sols (aération, circulation d’eau, maintien des berges).

Un foyer de biodiversité

Ces alignements difformes constituent aussi un habitat de vie pour un bestiaire très diversifié, adepte des cavités arboricoles et du bois pourrissant. Plusieurs coléoptères saproxyliques patrimoniaux en font un lieu privilégié de leur développement larvaire, notamment différentes cétoines dont le rare Pique-prune et plusieurs taupins spécialisés. Quant au Grand Capricorne, il attaque le bois vivant du tronc ou des branches ensoleillées.

Les « grosses bêtes » ne sont pas en reste ;  des oiseaux bien sûr : Huppe fasciée, Chevêche d’Athéna, Torcol fourmilier ou Rougequeue à front blanc, par exemple. La Genette, la Martre des pins et plusieurs espèces de chauves-souris y installent leurs gîtes, de même que le Loir gris ou le Lérot et, plus près du sol, le Hérisson d’Europe.

Peuplier noir tétard. Crédit photo : David Ollivier

Chêne têtard. Crédit photo : David Ollivier

Les trognes en danger

Depuis une soixantaine d’années, les haies ont pâti de la modification des pratiques agricoles, en raison notamment de l’agrandissement des parcelles par les opérations de remembrement. On estime en effet que, durant cette période, plus des deux tiers des haies bocagères et des vieux vergers ont disparu du territoire français. Dans le même temps, l’abandon des pratiques traditionnelles d’entretien des trognes a accéléré la mort de nombreux arbres, sans pour autant les remplacer par une nouvelle génération.

Cette fragmentation des habitats est très préjudiciable aux espèces à faible pouvoir de dispersion. Le Pique-prune par exemple ne se déplace que de quelques centaines de mètres au cours de son existence et requiert donc, pour se maintenir, un important réseau d’arbres creux.

On note dans la Vienne la disparition régulière d’alignements de trognes. L’existence de ces haies patrimoniales et des micro-habitats sénescents qu’elles abritent est pourtant indispensable à la sauvegarde de la biodiversité bocagère.

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

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