La loutre

La loutre est actuellement (avec le Vison d’Europe) le carnivore européen dont le statut est le plus précaire. Elle figure à ce titre parmi les espèces de l’Annexe II de la Directive communautaire « Habitats, Faune, Flore ». Protégée en France depuis 1972, la loutre a disparu d’une soixantaine de départements au cours des quarante dernières années.
Les causes de cette régression sont maintenant bien identifiées et incluent aussi bien le piégeage à outrance, que la baisse de la qualité des eaux des zones humides et l’altération ou la modification des habitats de prédilection.

loutre

Dans la Vienne aucun travail de synthèse n’a, jusqu’à présent, été réalisé sur la situation de la loutre, tant en ce qui concerne son statut passé que sa répartition actuelle.
Notre département est pourtant susceptible, par sa localisation, de jouer un rôle important dans la conservation de l’espèce. Il se trouve en effet situé entre les deux grandes populations françaises de loutres qui occupent, à l’ouest, les départements de la façade atlantique et, à l’est, ceux du massif central. Cette situation charnière partagée avec les département de la Charente et de la Dordogne, en font une zone naturelle de jonction entre ces deux populations, pour peu que les conditions écologiques soient favorables à une progression spatiale des individus.

Enfin, les potentialités de recolonisation sont examinées, en croisant d’une part, les capacités d’accueil des rivières locales et, d’autre part, le dynamisme des populations de loutre situées à la périphérie du département.

EN EUROPE

La Loutre est un mammifère qui était autrefois présent dans toute l’Europe. Cet animal était souvent peu apprécié par l’homme qui la considérait comme un animal « sauvage et cruel » (BUFFON, 1829) et voyait en elle un redoutable consommateur de poisson. Pourtant, on peut trouver des récits témoignant de la domestication de la loutre (en Pologne, France, Allemagne, Angleterre). Elle était dressée notamment pour la pêche.
Cependant, la plupart des témoignages sont issus de la littérature cynégétique dans laquelle sont fait état des chasses à courre menées pour détruire ce dangereux prédateur.

A la fin du XIXème siècle, non seulement la loutre continuait d’être chassée, mais elle fut aussi la cible de piégeurs encouragés par les primes offertes par les pisciculteurs ou les administrations et par le prix élevé de sa fourrure. Ainsi, en Belgique, de 1889 à 1895, ce sont 2048 primes qui furent attribuées pour la destruction de la loutre (ce n’est qu’en 1965 que cette prime fut supprimée !!).
C’est donc à partir de cette époque que s’amorce le déclin des populations de loutre en Europe. Jusqu’en 1914, en Allemagne de l’Est, la capture annuelle de 10 000 loutres laisse supposer d’importantes populations. Entre 1914 et 1930, on ne capturait plus que 3 000 loutres par an.
A partir de la seconde moitié du XXème siècle, l’industrialisation (pollution des rivières, destruction des habitats, …) donne le dernier coup de grâce dans de nombreux pays d’Europe.

La France ne fait pas exception. Si la loutre était présente dans la plupart des départements français jusqu’au début du XXème siècle (sauf en Corse) ; à partir des années 30, une régression est déjà perceptible dans le Nord et l’Est du pays. En France, on estimait la population de loutre entre 30 000 et 50 000 individus au début du siècle (Groupe Loutre – SFEPM).

Entre 1950 et 1980, cette régression va s’amplifier, entraînant la disparition de la loutre de près de 60 départements français (ROSOUX et al., 1995) et ce, malgré sa protection intégrale à partir de 1972.
A partir des années 80, il se crée au niveau national de la SFEPM un « groupe loutre » qui n’aura de cesse de récolter de nouvelles informations sur cet animal. Durant ces années, il ne restait en France que 2 zones où les populations semblaient stables :
– la façade atlantique (de la Bretagne aux Landes),
– le Massif Central (Creuse et Corrèze).

Aujourd’hui, on constate deux phénomènes sur le territoire national :
– une régression de plus des 2/3 du pays avec, à certains endroits, quelques micro-populations disjointes dont l’avenir est très incertain,
– un phénomène de recolonisation à partir des noyaux stables. Ainsi, depuis une dizaine d’années, on constate que la population du Massif central recolonise peu à peu certains réseaux hydrographiques d’où elle avait disparu. Elle est aujourd’hui présente dans 11 départements du Massif Central (contre 3 en 1980).

Carte 1
Distribution départementale historique de la Loutre d’Europe en France, de 1850 à 1994 (source : ROSOUX R. et al., 1995).

Carte 2
Répartition de la Loutre d’Europe en France en 1994 (source : ROSOUX R. et al., 1995)

LA LOUTRE DANS LE DEPARTEMENT DE LA VIENNE

La loutre n’a, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucune synthèse dans le département de la Vienne. Comme dans la plupart des régions françaises, ce carnivore, autrefois commun dans notre département, s’y est aujourd’hui raréfié au point d’être au bord de l’extinction. C’est donc en premier lieu des recherches historiques qu’il a fallu mener, parallèlement au travail de terrain, pour collecter l’information. Par ailleurs, afin d’envisager l’avenir de la loutre dans notre département, les potentialités de recolonisation sont examinées à la lumière des données les plus récentes et des capacités d’accueil des rivières locales.

PRESENCE DE LA LOUTRE AU XVIIIEME SIECLE

Une seule information, qui concerne la destruction de la Loutre. Elle est extraite du nouveau règlement pour la chasse en Poitou du Comte d’Artois, daté du 15 mai 1779, qui stipule que « Le marquis de Hallay, Conservateur des Chasses dans les forêts du Poitou, et le baron de Courville, capitaine général des chasses, Conservateur des chasses dans les plaines du Poitou, devront veiller à la destruction des loups, des renards, des blaireaux et des loutres. » (A.D.).
On constate donc que déjà, à la veille de la révolution, la loutre faisait partie des quatre espèces de carnivores considérées comme nuisibles par les autorités cynégétiques de l’époque. Ce statut laisse imaginer une présence généralisée de l’espèce, en tout cas « suffisante » pour figurer dans la liste des animaux à éradiquer.

PRESENCE DE LA LOUTRE AU XIXEME SIECLE

La première et unique information d’origine naturaliste publiée pour la Vienne, est due à MAUDUYT (1843), conservateur du cabinet d’histoire naturelle de la ville de Poitiers. Cet auteur mentionne la loutre parmi les « 43 espèces vivant actuellement sur le sol de ce département ». Malheureusement cet auteur ne donne, comme pour les autres espèces d’ailleurs, aucune précision sur la répartition ou l’abondance même approximative de l’animal.
Les archives départementales nous apprennent de leur côté peu de choses si ce n’est le maintien de la loutre parmi les espèces nuisibles.
Ainsi, en 1898, les Préfets prennent avis auprès des Conseils généraux pour établir la liste des animaux malfaisants et nuisibles, selon l’article 9 de la loi du 3 mai 1844 sur la police de la chasse. Dans la Vienne la loutre fait partie de la liste des 14 mammifères retenus. Quant aux moyens de destruction, il est précisé que sont particulièrement concernées par les battues les espèces suivantes : loups, renards et blaireaux, et que « certains auteurs y ajoutent la loutre qui est mentionnée dans les ordonnances du 18 janvier 1600 puis 1601. » (A.D).

PRESENCE DE LA LOUTRE AU XXEME SIECLE

Il s’agit en toute logique de la période pour laquelle nous disposons le plus d’informations, relatives pour l’essentiel à des captures. Il semble à la lumière de ces données que l’on puisse distinguer plusieurs périodes au cours desquelles le statut de la loutre évoluera vers celui qui est le sien aujourd’hui.

La destruction organisée

Le statut de nuisible de la loutre est renforcé, comme en témoigne la vingtième résolution prise au Comité interdépartemental (dépt. 16, 86, 87, 36, 37) de pêche à la séance du 21 juin 1900 : « Que la destruction des loutres soit encouragée par une prime, délivrée dans des conditions analogues à celles qui sont actuellement accordées pour le loup, le renard, la buse, etc. » (anonyme, 1900). On peut imaginer que le regain d’intérêt pour la destruction de l’espèce sera stimulé par l’attrait de la prime, augmentant ainsi la pression exercée sur les populations locales.
On trouve quelques traces, aux archives départementales, de ces rétributions allouées pour la destruction des nuisibles. Il apparaît d’ailleurs que le budget réservé à ce poste par la Préfecture fut sous-estimé. Il passera de 5 500 francs en 1902 à 6 700 francs l’année suivante, et ce en dépit du fait que la Vienne fut, en comparaison avec les départements limitrophes, celui où l’encouragement à la destruction est le plus fort.

Le déclin des populations

Comme le signalent ROSOUX et al. (1995), les années cinquante constituent la période de forte régression des populations de loutre en France, puisqu’elle disparaît d’une soixantaine de départements.
Nous manquons d’informations pour cette période dans la Vienne mais peut-être s’agit-il d’un indice confirmant ce phénomène national. Une majorité des personnes contactées nous ont signalé n’avoir pas connaissance de loutre durant leur période d’activité. Cela peut traduire l’absence de la loutre sur leur territoire car, jusqu’à l’interdiction de la chasse de l’espèce en 1972, la capture d’un individu était rarement passée sous silence.
En 1950, le cours de la peau de loutre lors de la foire à la sauvagine de la mi-carême à Poitiers, variait de 3 500 à 4 000 francs, loin derrière la martre et la fouine (10 000 à 12 000 francs) (Anonyme, 1951). Mais les peaux négociées lors de cette foire provenaient d’une aire géographique étendue. Il est donc impossible d’en déduire quoi que ce soit à l’échelle départementale.

Selon leurs témoignages, MM. CHARET et CARRION de Béthines, piégeur et garde privé, s’accordent à dire que la loutre a disparu du Salleron à l’aube des années 50 (com.pers.).
M. PRIOUX, piégeur à Sanxay, signale n’avoir jamais capturé, ni eu connaissance de loutre en quarante années de piégeage sur la Vonne, soit depuis la période 1950-60.

Les derniers bastions de l’espèce

Des îlots de résistance existent pourtant encore dans les années 80. Peut-être faut-il voir là le résultat de l’interdiction de la chasse de l’espèce à partir de 1972, qui a freiné à temps la destruction systématique.
Plusieurs informations indiquent à cette époque soit la disparition récente, soit l’observation sporadique de la loutre dans deux secteurs du département : le sous-bassin du Clain amont et le sous-bassin de la Dive du Nord.

REPARTITION ACTUELLE DE LA LOUTRE

Les prospections menées durant l’année 2000 sur un choix de rivières susceptibles d’accueillir la loutre, ont donné des résultats négatifs sauf sur la Gartempe. Cela ne signifie pas automatiquement la disparition de l’espèce, car la présence de population diluée ou relictuelle se traduit par un marquage extrêmement discret. Les chances de découvrir des indices sont donc minorées.

LES CAUSES DE LA REGRESSION

Le piégeage

Probablement commune dans l’ensemble des milieux aquatiques locaux, la loutre faisait déjà partie des cibles principales des chasseurs et des pêcheurs lorsque fut mis en place la prime de destruction au début du XXème siècle. L’intérêt financier manifeste d’une telle rémunération, souvent bien supérieure au salaire moyen d’un ouvrier, n’a pu que largement contribuer à l’augmentation de la pression de la destruction.
La destruction intensive pratiquée en France amenait selon BOUCHARDY (1986), à la capture annuelle de 3 000 à 4 000 loutres entre 1880 et 1930. Cette estimation est revue à la baisse pour la période 1930-1950, avec 2 000 prises par an.
Bien que nous manquions d’informations significatives sur le nombre d’animaux capturés annuellement dans le département, nos informations montrent que le piégeage fut régulier jusqu’à la protection de l’espèce en 1972 et peut-être même au-delà. La destruction annuelle de plusieurs dizaines de loutres n’est certainement pas exagérée à l’échelle départementale, tout au moins pendant la période d’abondance de l’espèce. L’estimation proposée par BOUCHARDY (op.cit.) de 40-50 loutres tuées par département annuellement est certainement assez proche de la réalité locale.
La pression sur des populations déjà amoindries à partir des années 50-60 a, sans nul doute, accéléré le processus de régression.
A l’instar de la plupart des régions françaises, le piégeage s’impose dans la Vienne comme un facteur déterminant de la disparition de la loutre dans la grande majorité des zones humides.

Autres causes de mortalité

En dehors de la destruction directe volontaire que constitue le piégeage, on a relevé dans la Vienne deux types de mort accidentelle.

La capture dans les engins de pêche :

Les nasses à poissons, notamment pour les anguilles, constituent dans certaines régions une cause de mortalité importante, même s’il semble qu’actuellement en France ce facteur soit moins préjudiciable à l’espèce que dans d’autres pays européens. Jusqu’à 80 % des cas de mortalité en Ecosse, Norvège, Pologne et Allemagne orientale sont en effet imputables aux engins de pêche (ROSOUX et TOURNEBIZE, 1995).
Les quelques cas enregistrés dans la Vienne dans les années trente sont certainement peu représentatifs de l’impact réel de ces installations qui étaient largement utilisées dans toutes les rivières locales. Malgré un net recul de ces techniques de pêche, la destruction d’une loutre dans une nasse en 1984-85 dans le Nord du département démontre bien le danger d’une telle installation, si elle n’est pas équipée d’un système de protection limitant les risques.

Trafic routier :

ROSOUX et TOURNEBIZE (op.cit.) signalent la prépondérance des collisions routières dans la mortalité des loutres du Centre-Ouest atlantique (plus de 77% des cas). L’augmentation du réseau routier et l’intensification du trafic automobile représentent d’ailleurs une menace pour l’espèce à l’échelle européenne.
Les loutres sont amenées à traverser les axes routiers dans différentes circonstances : configuration défavorable des ouvrages d’art utilisés pour le marquage, parcours de jonction entre milieux aquatiques, division du domaine vital. Les animaux sont donc particulièrement exposés au heurt avec les véhicules, a fortiori dans les secteurs où se maintiennent de fortes densités.
Dans la Vienne, le cas enregistré dans le milieu des années 80 illustre bien l’impact du facteur routier, même en présence, comme sur le bassin de la Dive du Nord, d’une population extrêmement clairsemée.

Les modifications de l’habitat

Les altérations ou les destructions des habitats sont considérées comme des éléments qui peuvent freiner ou interdire la présence de la loutre dans un milieu aquatique.
Les différents types de pollutions générés par les rejets industriels, domestiques ou agricoles affectent la faune aquatique et les ressources alimentaires. La présence de résidus organochlorés touche directement la loutre. L’accumulation dans l’organisme de ces substances chimiques ingérées par l’intermédiaire des espèces proies perturbe la reproduction ou provoque la mort. Les études menées dans différents pays européens montrent une relation entre la biocontamination par les PCBs et la raréfaction des populations de loutres. C’est notamment le cas pour l’Angleterre, la Suède et la Belgique (MACDONALD, 1995).
La modification du cours des rivières par les aménagements hydrauliques, la destruction de la végétation rivulaire sont également à prendre en compte dans la liste des facteurs limitant l’installation de la loutre.

Les données concernant l’évolution de la qualité des eaux dans la Vienne apparaissent en 1970 mais deviennent régulières à partir des années 1980. Le manque de recul rend donc difficile toute interprétation quant à l’impact réel sur la régression des populations locales. Il nous a semblé par conséquent plus intéressant d’examiner l’état actuel des milieux aquatiques départementaux afin d’évaluer leur potentialité d’accueil dans l’optique d’une recolonisation par l’espèce.

L’HABITAT DE LA LOUTRE DANS LA VIENNE

La loutre occupe l’ensemble des milieux aquatiques qui rassemble les conditions nécessaires au déroulement de son cycle biologique. Dans la Vienne, rivières et étangs constituent les seuls habitats favorables à l’espèce.

Le problème de la Bromadiolone

La lutte contre les ragondins (Myocastor coypus) prend des proportions considérables avec l’explosion démographique du rongeur au cours des dix dernières années. La succession d’hivers doux a favorisé l’essor des ragondins, dont la fragilité au froid trahit les origines sub-tropicales. La limitation des populations devient donc une impérieuse nécessité en raison des dégâts occasionnés par les animaux, aux berges, à la végétation aquatique et aux cultures.
Pour des raisons de coût, l’empoisonnement est préféré à la capture par les pièges-cages, la méthode actuellement la plus sélective.
Le produit utilisé pour détruire les ragondins est un rodonticide anticoagulant, la bromadiolone. Il est mélangé à des morceaux de carottes, disposés sur des radeaux flottant attachés aux berges. Après ingestion de l’appât empoisonné, le ragondin meurt d’hémorragie interne au bout d’une semaine (MORIN, 1988).

Compte tenu de leur poids moyen (6-7 kg), la période d’agonie des ragondins en fait des proies plus faciles à capturer que des animaux en pleine santé. Les prédateurs, dont la loutre peut faire partie, qui s’attaquent à des individus affaiblis courent le risque d’être contaminés. Par ailleurs, le caractère rémanent de la bromadiolone en fait un produit dangereux durant une vingtaine de jours après la mort. La consommation d’un cadavre durant ce laps de temps, et notamment du foie où le poison est concentré, peut selon les cas provoquer des troubles importants de la santé ou la mort (MORIN, op.cit.).

L’utilisation à grande échelle d’un produit tel que la bromadiolone peut constituer un réel danger pour la loutre, par contamination secondaire. Plusieurs auteurs ont d’ailleurs mis l’accent sur la coïncidence entre les campagnes d’empoisonnement et la diminution des indices de présence ou l’arrêt de la progression de l’espèce en Loire-Atlantique (LODE, 1990), et dans le Limousin (BARATAUD, 1993).

Il ne faut pas compter sur l’éradication complète du ragondin en Europe continentale. De fait, la régulation des populations est une activité à caractère durable qui pourrait trouver des débouchés économiques. La revalorisation de la capture, auprès des piégeurs, permettrait d’abandonner progressivement l’utilisation de la bromadiolone au profit des pièges-cages. Mais quoiqu’il en soit, l’arrêt des campagnes d’empoisonnement dans les zones favorables à la loutre doit être considéré comme une mesure de conservation prioritaire.

Sans grande surprise, la situation de la loutre a suivi dans la Vienne la même évolution désastreuse que dans la majorité des régions françaises.
L’espèce autrefois commune sur l’ensemble du département, a subi les conséquences de l’instauration de la prime à la peau, mise en place au début du XXème siècle. La destruction organisée, tuant probablement plusieurs dizaines d’individus annuellement, a ensuite emmené l’animal au bord de l’extinction. Le piégeage demeure par conséquent la cause de régression majeure de la loutre dans la Vienne, même s’il est probable que d’autres facteurs de mortalité, comme la capture dans les engins de pêche, soient venus accroître le préjudice.

Mais contrairement à ce que l’on a pu observer ailleurs, la loutre semble n’avoir jamais complètement disparu, bénéficiant de la présence de populations périphériques parfois importantes autour du département. Le contact avec les populations du Limousin, celles de l’ouest et de la vallée de la Loire a favorisé le maintien d’une fréquentation, même fragile, de plusieurs rivières locales jusqu’à aujourd’hui.

Notre enquête montre en effet que la loutre côtoie encore de façon sporadique le sous-bassin de la Dive du Nord, et plus régulièrement semble-t-il, la Vallée de la Gartempe dans sa partie amont, ainsi que plus timidement, le cours de la Benaize. Il est toutefois manifeste que nous n’avons pas affaire à des populations, mais plutôt à une fréquentation par des individus isolés.

Cette situation reste, malgré sa précarité, assez favorable à une progression de la loutre, surtout si l’on tient compte du dynamisme des populations limitrophes et, en particulier, de celle du Limousin. Les chances de voir à l’avenir une recolonisation des rivières de l’est du département (sous-bassins de la Gartempe et de la Benaize) ne sont pas négligeables, soit par le cours de la Gartempe soit par celui de la Creuse.
Une autre piste intéressante concerne le cours de la Charente sur lequel l’espèce semble avoir progressé durant les dernières années.
En revanche l’existence de la loutre dans la vallée de la Vienne est pour l’instant réellement compromise en raison des facteurs limitants qui frappent cette rivière : très mauvaise qualité des eaux et aménagements hydrauliques lourds. La jonction possible entre les populations limousines et atlantiques semble sans espoir par la vallée de La Vienne.
La recolonisation des sous-bassins de la Dive du Nord et du Clain amont est largement dépendante de la santé des populations des Deux-Sèvres et de la Loire. Dans ce contexte, leurs chances demeurent mitigées.

L’état général des rivières départementales n’est pas incompatible avec la présence de la loutre. Bien au contraire, on constate que d’une façon générale, les rivières de l’est, le sous-bassin amont du Clain et celui de la Charente possèdent des atouts de poids notamment en ce qui concerne les ressources alimentaires disponibles. En terme de biomasse piscicole les observations réalisées grâce aux pêches électriques indiquent des valeurs à l’hectare largement au-delà des minima estimés pour l’existence d’une population de loutre.
Les pollutions d’origine agricole et les assecs répétés consécutifs aux prélèvements au fil de l’eau, constituent par contre des obstacles notables sur les cours d’eau de l’ouest de la Vienne, où la culture intensive du maïs s’est développée depuis trente ans.

L’avenir de la loutre dans la Vienne passe par la conservation de ses habitats de prédilection. Des différentes possibilités qui nous sont offertes pour faire valoir l’intérêt de préserver des milieux aquatiques, la Directive « Habitats » semble être l’outil le mieux adapté grâce au réseau Natura 2000. Dans la Vienne, cinq sites favorables à la loutre sont en cours d’examen ou en passe de l’être.
Néanmoins la complémentarité des actions et des moyens utilisés demeure, sur le long terme, la meilleure chance d’assurer la pérennité des habitats de la loutre, et de lui offrir ainsi, la possibilité de reconquérir les territoires abandonnés au cours du siècle dernier.

Textes issus du Rapport présenté en 2001 par Vienne Nature – PREVOST O. & GAILLEDRAT M., 2001 – La Loutre Lutra lutra dans la Vienne – Statut passé et présent – Avenir de l’espèce. Vienne Nature, Poitiers, 67 pp. – Ouvrage consultable au local de l’association

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