La Salamandre tachetée

Tout le monde connaît la livrée noire et jaune de la Salamandre et voit en elle un animal pour le moins original et inoffensif. Pourtant cette bête à qui l’on attribuait de puissants pouvoirs fut longtemps victime d’une réputation sulfureuse... Elle aurait ainsi la capacité de vivre dans le feu et de l’éteindre.

Pour cela François 1er en fit l’une des figures de ses armoiries. On croyait que la salamandre « empoisonnait l’eau des puits, gâtait le vin et causait des morts subites », d’ailleurs « son regard est mortel si elle voit avant d’être vue » !

Dans les environs de Naintré ne disait-on pas que « les “sourds” cachées sous les maisons portent malheur. Quand on construit une maison nouvelle, on remédie à cet inconvénient en laissant mourir de faim dans les fondations un pigeon. » ?

Ta, sourd, ablaise, ablette, scorpion sont quelques-uns des noms poitevins de la salamandre dont la cendre fut longtemps considérée comme un bon remède contre les écrouelles !

La Salamandre tachetée est dotée de glandes paratoïdes (située derrière les yeux) secrétant un venin qui dissuade les prédateurs de la croquer. Crédit photo : Samuel Ducept

Les mares forestières sont des milieux aquatiques de prédilection que recherche la Salamandre pour donner naissance à ses larves. Crédit photo : David Ollivier

Pourtant si, par une nuit humide de fin d’été, l’on se trouve face à une Salamandre allant son petit bonhomme de chemin, il devient difficile de voir en elle le dragon de la légende. C’est en effet une bête particulièrement indolente, comme la plupart des Urodèles (les amphibiens à queue, tritons et Cie).

Toutefois, « l’ablaise » se distingue des autres espèces par sa vie essentiellement terrestre. On pourrait la croire résolument aquatique mais elle ne se met à l’eau qu’au moment de donner naissance à sa progéniture : une quarantaine de larves déjà bien formées et vivaces. Elle fréquente alors les ornières, les mares, les sources ou tout autre habitat aquatique de faible dimension. Le reste du temps se passe au sol, à la recherche de sa nourriture, ou à l’abri d’un tas de bois ou de pierres, d’une souche, dans une grotte…

La Salamandre est un animal de la nuit dont les grands yeux noirs, chargés en bâtonnets, permettent des déplacements dans une forte pénombre. Dans le noir complet, elle s’en remet à son odorat qui lui indique le chemin de sa retraite diurne ou la présence d’une proie.

C’est dans la litière des habitats boisés, feuillus de préférences, qu’elle chasse l’essentiel de son alimentation : insectes, mollusques, vers, etc.

Grâce à ses habitudes nocturnes, à son cycle biologique, ainsi qu’à sa parure noire et jaune particulièrement voyante, la Salamandre est une espèce facile à rechercher et à observer. Il n’est donc pas étonnant qu’elle figure dans le trio de tête des amphibiens notés par les naturalistes de Vienne Nature. Pour la rencontrer, il faut donc se rendre dans une zone boisée ou bocagère, plutôt feuillue ou mixte à nuit tombée, au printemps ou en été. Après une forte pluie, il est même parfois possible de l’observer durant la journée. D’octobre jusqu’au début du printemps, la Salamandre se retire sous terre pour hiberner. En revanche, on peut observer les larves sur son lieu de parturition durant tout l’hiver, en raison de l’étalement des naissances au cours de la belle saison.

La larve de Salamandre que l’on reconnaît aux petites taches jaunes en haut de ses pattes, se nourrit de petits invertébrés aquatiques (vers, insectes, crustacés). Crédit photo : Samuel Ducept

Salamandre tachetée. Crédit photo : Vienne Nature

Encore commune dans notre département, au moins dans les zones riches en boisements, la Salamandre paye un lourd tribut à la circulation routière lors de ses déplacements saisonniers vers les sites de parturition. On assiste parfois à de véritables hécatombes sur les routes qui entaillent les territoires favorables à l’espèce. Au même titre que les crapauds, l’indolence de la Salamandre en fait une victime toute désignée du trafic routier, même si l’on peut imaginer que ses habitudes nocturnes limitent le nombre de victimes.

Le recensement de ces points noirs pour la biodiversité permet d’envisager des aménagements susceptibles de réduire fortement la mortalité des amphibiens en général, et de la Salamandre dans ses secteurs de prédilection. Il s’agit des « crapauducs » dont un seul existe actuellement dans la Vienne aux Trois-Moutiers.

Ce type de mesures de conservation devrait se multiplier à l’issue de l’enquête sur la mortalité routière de la faune initiée au niveau régional.

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

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