Alyte accoucheur

L'Alyte accoucheur, musicien des villes et des campagnes

Au printemps, à la nuit tombée, un grand nombre d’animaux s’activent.
Les chauves-souris partent chasser les insectes, grenouilles et crapauds se mettent à chanter et la Chouette hulotte lance ses hululements plaintifs.
Parmi les différents sons nocturnes, si l’on tend l’oreille, il est possible d’entendre un petit chant énigmatique qui ressemble à une note de flûte. Ses sifflements aigus, comme des « tût… tût » mélodieux, ressemblent au chant du Hibou petit-duc. Un amphibien est à l’origine de cet appel mystérieux : l’Alyte accoucheur, également appelé Crapaud musicien. Le mâle chante pour attirer les femelles.

Dans son Journal, Jules Renard décrivait le chant de l’Alyte : « [...] Régulièrement s’échappe de lui une goutte sonore, une note triste. Elle ne semble pas venir de terre : on dirait plutôt la plainte d’un oiseau perché sur un arbre. C’est le gémissement obstiné de toute la campagne ruisselante de pluie. Un aboiement de chien, un bruit, un claquement de porte le font taire. Puis il reprend : ou ! ou ! ou ! [...] le bruit de la bulle qui vient de crever à la surface d’une mare… C’est autre chose encore. C’est le soupir d’une petite âme. C’est infiniment doux. Et comme jamais personne ne lui répond, aucune âme sœur, il finit par se taire tout à fait.»

L'Alyte accoucheur fait raisonner son chant fluté pendant tout l'été dans les communes où il est encore présent. Crédit photo : Samuel Ducept

Le mâle d'Alyte accoucheur prendra soin du chapelet d'oeufs qu'il porte entre ses pattes postérieures jusqu'à la naissance des têtards. Crédit photo : Miguel Gailledrat

L’Alyte accoucheur est un crapaud à l’aspect trapu et à la peau rugueuse, mesurant moins de 5 cm. Son superbe œil doré, veiné de noir, montre une fine pupille verticale.
Autre originalité, son mode de reproduction. Alors que la plupart des amphibiens s’accouplent dans l’eau, lui s’accouple au sec, sur la terre ferme, généralement entre mars et septembre. Lors de la parade nuptiale, le mâle et la femelle font une danse endiablée où le mâle stimule le cloaque de la femelle en y introduisant ses pattes arrière. La femelle pond une vingtaine d’œufs en chapelet que le mâle arrose d’un mélange d’urine et de spermatozoïdes pour humidifier et féconder les œufs. Après l’accouplement, le mâle récupère les œufs fécondés et les fixe sur ses pattes arrière. Il les gardera ainsi tout au long de leur développement pendant 2 à 5 semaines.

Durant cette période, le mâle fréquente les milieux chauds et humides, caché entre les pierres ou un tas de sable et il ira régulièrement tremper les œufs dans l’eau pour les hydrater. Juste avant l’éclosion, les œufs seront déposés dans un point d’eau où les têtards pourront éclore et se développer. Ce mode de reproduction lui vaut son nom de crapaud « accoucheur ».

Grâce à cette stratégie, le taux de survie est beaucoup plus important que celui des autres Amphibiens. Les têtards d’Alyte, beaucoup plus vigoureux et plus grands que ceux des autres Amphibiens peuvent atteindre 8 à 9 cm queue comprise. Ce qui est paradoxal, comparé à la petite taille des adultes.
Chaque année, le mâle peut porter successivement plusieurs masses d’œufs, puisqu’il lui arrive de courtiser plusieurs femelles et de porter simultanément les pontes de deux, voire de trois femelles ! La femelle, quant à elle, peut pondre deux fois dans l’année.

Malgré un plus grand taux de survie, les populations d’Alyte diminuent et il est, comme l’essentiel des Amphibiens du département, protégé au niveau national.
La France constitue le cœur de la répartition mondiale de cette espèce qui, autrefois, était très commune dans nos campagnes, mais la dégradation et la destruction de son milieu de vie (pollution, comblement des mares...) font qu’il est de plus en plus rare d’y entendre son chant. L’Alyte aime être proche des hommes. D’exigence modeste pour son milieu aquatique, un petit bassin d’un mètre carré en béton avec de l’eau lui suffit pour y déposer ses œufs.
On le retrouve dans des carrières mais également en plein cœur des villes de Poitiers et de Châtellerault où il est facile à repérer !

Les murets qui entourent les mares permettent à l'Alyte de se dissimuler. Crédit photo : Vienne Nature

Avez-vous entendu l'Alyte chanter par chez vous ? Crédit photo : Vienne Nature

Qui sait, au fond de votre jardin se cache peut-être l’Alyte accoucheur ? Vous pourrez aisément détecter sa présence grâce à son chant flûté, mais si vous cherchez à le voir, armez-vous de patience car il sait très bien se camoufler !

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

Pour en savoir plus : 

Téléchargez la plaquette L'Alyte accoucheur en Poitou-Charentes, Musicien des villes et des campagnes

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