Les Landes du Poitou

Les landes sont des formations arbustives basses, caractérisées par la présence significative d’Éricacées (bruyères et callune) qui les différencient des plus banals fourrés à ajoncs et genêts sur sols acides. Elles peuvent être sèches, représentées par des groupements à Bruyère cendrée Ajoncs nains, mésophiles, avec pour espèces phares la Bruyère à balai et la Callune, ou humides, alors marquées par une abondance significative de la Bruyère à quatre angles.
Elles sont souvent des stades transitoires précédant la forêt dans notre région. En l’absence d’entretien régulier par coupe, feu ou pâturage, la lande peut laisser la place à divers boisements acidophiles. Inversement, l’exploitation forestière ou les événements climatiques (tempêtes) conduisant à la remise en lumière du sous-étage forestier peuvent favoriser l’expression d’une végétation de landes sous-jacente temporaire.

Crédit photo : Vienne Nature

Les landes basses à bruyères et ajoncs, associées aux plantations de résineux offrent une mosaïque de milieux très riche favorable à une grande biodiversité, ici à Vellèches. Crédit photo : Samuel Ducept

Un patrimoine culturel et populaire

Avant même que l’humanité n’existe, et ce grâce aux particularités géologiques de la région (massifs granitiques et dépôts sédimentaires), le paysage picto-charentais se partageait entre de vastes étendues de landes et des massifs forestiers. Ces terres difficiles à cultiver trouvent toutefois de nombreux usages dans les traditions paysannes à travers les différentes époques de l’histoire, tels que la production de petit bois pour allumer la cheminée, le pacage des troupeaux, la construction de bâtiments agricoles et de toits, la confection de litières pour le bétail, l’extraction de pierre meulière, etc.
Les landes font partie de la culture populaire, à tel point qu’un terme de patois poitevin est couramment employé : on parle de brandes du Poitou. Derniers bastions du Loup dans notre département, les brandes ont été l’objet de nombreuses peurs, croyances et superstitions populaires. Aussi se répandit dans les proches contrées pyrénéennes, la légende de loups-garous tous plus terrifiants les uns que les autres, réunis en nombre au sein des terres stériles couvertes de marécages, de forêts et de landes, du plateau de Lannemezan (signifiant en occitan gascon, « Milieu de la lande »).

La quasi disparition de l’habitat originel

Au cours des XIXe et XXe siècles, ce sont près de 30 000 ha de landes qui disparaissent sous le dictat des ambitions productivistes de l’époque, rendu possible par les progrès techniques et l’essor du machinisme. Les landes subissent alors des tentatives plus ou moins réussies de valorisations forestières (plantations de pins) ou, pire, de valorisations agricoles qui ont largement contribué à leur disparition définitive au profit le plus souvent du maïs. Cette forte régression des landes a entraîné avec elle la raréfaction des espèces végétales et animales qui leur sont inféodées.
Aujourd’hui, les landes sont des habitats patrimoniaux qui hébergent de nombreuses espèces devenues rares et menacées, dont beaucoup ont un statut de rareté particulier et/ou de protection à l’échelle régionale, nationale, voire européenne. Dans notre région, c’est tout naturellement que les sites majeurs de landes ont tous intégré les différentes politiques publiques de préservation de la nature dès la fin des années 70, début 80 (désignation des sites en ZNIEFF, sites Natura 2000, sites du Conservatoire Régional d’Espaces Naturels et plus récemment sites Espaces Naturels Sensibles, etc.).

L’extraction des pierres meulières a laissé au travers des mares ses plus belles empreintes. Les landes du Pinail ou ici les Grandes Brandes de Lussac en comptent des centaines. Crédit photo : Miguel Gailledrat

Les délicats grelots roses de la Bruyère cendrée colorent les landes sèches à partir du mois de juillet et font le bonheur des butineurs du moment. Crédit photo : Samuel Ducept

Un bilan régional indispensable

Dans les années 2000, les associations départementales de protection de la nature et de l’environnement de la région ont jugé nécessaire de compléter les connaissances régionales sur la répartition des sites de landes et, notamment, des petits sites périphériques. C’est ainsi que l’inventaire des landes de Poitou-Charentes a été coordonné par la LPO Vienne et réalisé conjointement avec Vienne Nature dans le département de la Vienne entre les années 2002 et 2007.
L’inventaire a concerné six types de landes (les landes sèches à Bruyère cendrée, les landes mésophiles à Bruyère à balai, les landes humides à Bruyère à quatre angles, les landes à mares, les landes à ajoncs et les landes à genêts). Seules les landes à « bruyère » constituent des habitats patrimoniaux à l’échelle européenne (Natura 2000). Les landes à genêts et ajoncs, parfois mono-spécifiques, bien que sans intérêt majeur pour la flore, ont été intégrées à l’inventaire pour leur importance en tant qu’habitats d’espèces patrimoniales, notamment pour l’avifaune. Les landes à mares ne caractérisent pas à proprement dit un type de lande, mais plutôt un type de paysage constitué d’une mosaïque de landes, de mares et d’habitats naturels variés, liés le plus souvent à une activité ancienne d’extraction de pierres meulières. Le plus bel exemple de landes à mares de la région est représenté par la réserve naturelle du Pinail surplombant la vallée de la Vienne au nord-est de Poitiers.
Suite à un repérage par photo-interprétation, la vérification de terrain sur de nombreux sites a permis de caractériser les habitats en présence, leur dynamique naturelle, leur superficie, leur état de conservation, les espèces végétales et animales patrimoniales, l’environnement immédiat des landes, l’usage actuel des landes et les éventuelles menaces qui pèsent sur elles.

La Vienne, un conservatoire des landes

En Poitou-Charentes, le département de la Vienne s’avère le plus riche en surface de landes. Il compte près de 150 sites représentant environ 5 500 ha de landes. Ces dernières se répartissent majoritairement au sud-est et à la pointe nord-ouest de la Vienne. Si de grandes et nombreuses surfaces de landes existent sur les sols acides et maigres des affleurements granitiques du Montmorillonnais, leur abondance résulte de la présence des terres de brandes : sols très acides, siliceux, installés sur des épandages de sables et de grès issus du Massif central et occupant près du tiers de la surface de notre département au sud de Poitiers.
La Vienne héberge de grands sites connus et gérés de longue date tels que le Camp militaire de Montmorillon, les Brandes de Pierre-Là (Haims, Journet), les Brandes de Lussac-les-Châteaux, la réserve du Pinail-Forêt de Moulière ou encore les Landes de Roiffé, connectés entre eux par de multiples sites de landes épars et de tailles plus modestes.
Les efforts de l’inventaire se sont portés sur ces derniers, en général mal connus, de manière à acquérir la connaissance nécessaire et indispensable à la définition d’une stratégie de préservation quant aux réservoirs de biodiversité et à leurs corridors biologiques spécifiques aux milieux de landes dans le cadre de la définition d’une Trame Verte et Bleue. Cette connaissance permet une meilleure valorisation de ces milieux au travers de la diffusion du catalogue des Landes de Poitou-Charentes auprès d’un large public (élus, professions agricoles, aménageurs du territoire, administrations…).

Crédit photo : Vienne Nature

Extrait de :
Vienne Nature, 2017. Bêtes et plantes de la Vienne - déambulation dans la biodiversité départementale. Vienne Nature éditions, Fontaine-le-Comte. 240 p.

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